Interview de Lucie par le père René Laurentin

J’avais manqué Lucie aux réunions des Témoins de l’Amour et de l’Espérance, en Juin 2009, et elle est venue jusque chez moi ; j’ai pu enfin l’interroger après avoir écouté ses témoignages. Mariée, mère de famille de 3 enfants, pour la paix de sa vie de famille, elle ne révèle ni son nom de famille, ni le lieu précis de France où elle habite.

René Laurentin : Depuis quand avez-vous des communications avec le Seigneur ?

Lucie : Le 04 mars 1979 je me suis convertie. Née d’une famille catholique pratiquante, je ne pratiquais plus.

RL : Depuis quel âge ?

L : Depuis mon mariage surtout. J’étais occupée par mon foyer, mes enfants, et j’avais arrêté toute pratique religieuse. Je pensais à Dieu, mais Il était lointain, dans le ciel. Il ne s’occupait pas trop de nous. 
Puis le 4 mars 1979, avec mon mari, nous étions invités à déjeuner chez des amis et l’après midi ils me disent : « si on parlait du Bon Dieu », car ils savaient que j’avais la foi, mais sans plus.

RL : Initiative insolite !                                                                            

L : J’ai dit bon ! Je veux bien. Alors mon ami commence : « s’Il était bon Il ne mettrait pas les hommes en enfer ». Ca m’a fait bondir. J’ai pris la défense du Bon Dieu… et notre conversation s’est arrêtée, nous sommes passés à autre chose.

RL : Ce n’était pas sans grande passion ni animosité ?

L : Oui, c’était sans passion ni animosité. Le soir en prenant congé de nos amis et à l’instant où je m’asseyais dans la voiture, j’ai ressenti un grand amour pour le Bon Dieu, rien d’extérieur, tout était intérieur. J’ai été saisie par l’amour, ce Dieu que je croyais si lointain, je venais de le rencontrer. Tout de suite, j’ai prié. C’était une inspiration profonde. Moi qui ne priais plus, j’ai eu le besoin de prier. Heureusement dans la voiture sur le chemin du retour, mon mari ne m’a pas parlé. Nous avons fait 8 km en silence. J’ai récité le Notre Père, le Je vous Salue Marie, ce qui me restait simplement de mes prières et après je Lui ai parlé. J’en avais besoin. Arrivée à la maison je me suis occupée de mes enfants qui étaient encore jeunes.

RL : Quels âges ?

L : J’avais trois enfants : l’aîné Philippe 18 ans, Elisabeth 15ans et Jean-François 8 ans. J’avais toujours le besoin de prier. J’étais comme poursuivie par la prière, mais le Seigneur m’a fait comprendre que j’étais une mère de famille et que je devais m’occuper de mon mari et de mes enfants, que je ne devais pas les négliger.

RL : La tête au ciel, mais les pieds sur la terre.

L : Oui, tout a fait. Rien n’était changé dans ma vie ordinaire. Pendant deux années, je vais cacher cette conversion à ma famille, à mon mari, à mes enfants. C’était mon secret. Il était si beau ! Je voulais simplement vivre avec Jésus !

RL : Donc pas de prière en famille encore ?

L : Non, pas de prière en famille. Nous ne l’avions jamais fait auparavant. Quand à moi je m’enfermais dans le secret de ma chambre et je priais. Et tant que je n’avais pas prié, je n’avais pas de repos.
Ensuite, une autre chose importante : quand j’ai rencontré Dieu, j’ai rencontré l’amour. J’ai tourné cet amour vers les autres. Je me suis mise à aimer tout le monde.

RL : Tout le monde, à commencer par les plus proches ?

L : Oui, j’avais envie d’embrasser tout le monde d’un amour débordant. C’est une nécessité, quand on aime Dieu, on aime les autres. J’aimais tout le monde. Quelque temps après, tout en continuant cette vie de prière, j’ai commencé à avoir des doutes. Quelque chose me disait : « tu n’es pas une religieuse, tu n’as pas à prier comme ça » Mais j’étais quand même très heureuse, humainement j’avais tous les bonheurs du monde : un bon mari, des enfants gentils qui travaillaient bien à l’école, de l’argent, tout pour être heureuse et voilà qu’en plus je rencontre l’amour divin. Pendant deux ans j’ai vécu sur un petit nuage, j’avais rencontré Dieu en la personne de Jésus.

 

RL : Tout en restant très réaliste pour votre vie de famille ?

L : Tout a fait ! Ils n’ont manqué de rien, j’étais toujours là quand il le fallait.

RL : Vous faisiez mieux votre travail qu’avant ?

L : Non par forcément mieux, parce que j’ai toujours bien fait mon travail, mais il y avait l’amour et je faisais tout avec amour.

RL : Est-ce que tout cela vous a conduit à des contacts plus particuliers, des communications plus particulières après ?
L : Pendant deux ans je vais vivre sans rien dire à mon entourage. Ma mère s’était aperçue que je devenais plus pieuse, quand même.

RL : Elle le voyait à quoi ?

L : J’allais à la messe tous les dimanches, alors qu’auparavant j’avais toujours une excuse pour m’en dispenser. Et puis maman avait un groupe de prière où tous les mois durant des années, elle réunissait des amies. Avant je n’y allais pas, mais à partir de ce moment là, j’y allais régulièrement prier le chapelet.
Maman avait une grande dévotion envers la Sainte Vierge, elle aimait beaucoup Marie. Elle disait : « c’est ma petite mère ». Moi, cela me laissait un peu froide parce que jusque là je n’avais aucune dévotion.
 Pendant deux ans, je vais demander à Jésus de ne pas m’abandonner car je ne voulais pas retourner à mon ancienne vie où Dieu était absent.
C’est alors que le Seigneur va me faire plusieurs grâces mystiques. Je ne connaissais rien sur le plan spirituel et j’ignorais ces grâces. Le Seigneur a permis que je tombe sur un article de Sainte Thérèse d’Avila et cela m’a éclairé sur la vie intime avec Dieu. Je remercie cette Sainte pour ses écrits qui me guidaient. Le 15 octobre 1979, en la fête de cette Sainte, je me suis couchée comme d’habitude. Mon mari n’était pas là, exceptionnellement il était en déplacement. A 22h je m’endors et à minuit je suis réveillée brusquement par un ravissement. Dieu passait en moi, grâce que j’avais éprouvée déjà plusieurs fois, mais contrairement aux fois précédentes, je vais ressentir une grande souffrance. Je me sentais comme attachée à mon lit. Je ne pouvais pas bouger,  je souffrais tellement que j’avais envie de me sauver du lit, mais je ne pouvais pas.

RL : Une souffrance générale ou localisée ?

L : Généralisée. Comme si j’étais écrasée sous un rocher, une vraie souffrance physique. J’avais terriblement mal. Et je ne faisais que répéter : qu’est-ce qui m’arrive ? Je sentais que si cela continuait, j’allais mourir parce que je ne pouvais plus supporter cette douleur. Et j’ai entendu en moi cette phrase : « tu comprendras plus tard ». Mais tous les quarts d’heure, quand j’arrivais au bout de mes souffrances, j’avais ce ravissement qui revenait. C’était un peu comme le soutien ou la consolation du Bon Dieu.

RL : Cette alternance qui a duré jusqu’à quelle heure ?

L : C’était tous les quarts d’heure et cela va durer une heure, de minuit à 1 heure du matin. A la fin, cette souffrance a disparu et j’ai vu face à moi les trois personnes de la Sainte Trinité. Je les ai vus un peu comme le beau Jésus de Sœur Faustine. Je ne dormais pas, j’étais bien réveillée.
RL : le Christ très lumineux ?

L : C’était trois personnes : trois jeunes hommes.

RL : Comme l’icône de Roublev. Vous connaissiez cette icône ?

L : Je la connais maintenant mais je l’ignorais à ce moment là. Ces trois jeunes hommes en robe blanche sont face à moi, bien que semblables, une seule Personne a attiré mon attention et j’ai dit en la regardant : « Le Saint Esprit ! » face à moi Il était à ma droite. 
C’était une vision calme, silencieuse. J’ai eu le temps de bien regarder. Quand j’ai su où était le Saint Esprit, par curiosité peut être, j’ai voulu savoir où était le Père et où était le Fils.

RL : Vous ne le saviez pas ?

L : Au centre, est-ce le Père ou le Fils, je ne le savais pas.

RL : Ils étaient tous pareils ?

L : Tout a fait pareils car il n’y avait aucun signe distinctif.

RL : La vision s’est terminée sans que vous sachiez lequel ?

L : Ce n’est pas gentil ce que je vais dire mais j’aurais préféré avant tout savoir où était Jésus, tellement je vivais avec Jésus depuis ma conversion.
Ces trois personnes ne marchaient pas, elles flottaient. Elles sont venues vers moi.

RL : Venaient-elles d’en haut ?

L : Non, à mon niveau. Elles sont venues vers moi, au bout de mon lit, car j’étais couchée ; finalement je les ai vues en moi, lumineuses.

RL : en vous ? Cela s’est intériorisé ?

L : Tout a fait, elles étaient comme assises sur quelque chose. Je les ai vues en moi et puis tout a disparu. Et je me suis endormie tout de suite, parce que j’étais fatiguée de cette grande souffrance que j’avais eue. Cette vision, avec insistance sur le Saint Esprit n’a pas changé ma relation avec Lui : confirmé seulement.
Pendant un an, j’ai continué ma vie de prière avec Jésus. Et puis un an après, en décembre 1980, en lisant dans une petite revue l’Esprit Saint entre en nous, je me suis dit « mais oui, le jour de ma conversion j’étais tellement remplie d’amour : c’était l’Esprit Saint. Je ne suis pas dans l’illusion ». Cela m’a rassurée. Le 21 décembre 1980, je reçois une première parole. Parce que pendant ces deux années je n’avais pas eu de message. C’était une préparation. Et donc le 21 décembre je reçois cette parole (une parole dictée que j’ai bien entendue) : « il faut réintroduire et intensifier le culte dû au Saint Esprit ».
J’avais alors un père spirituel. Je lui en ai fait part. Et il me dit « je veux bien mais le Bon Dieu fera tout, tout seul moi je ne ferai rien ».Je lui réponds : « Bon, moi je vous fais la commission : Il faut intensifier le culte dû au Saint Esprit ».
A partir de ce moment là, ma pensée s’est tournée vers l’Esprit Saint. Je l’ai prié davantage. J’avais plus de lumière, j’allais de découverte en découverte sur tout ce qu’Il faisait : son action dans les âmes. C’est en début de 1981 que je reçois les premières locutions, paroles et premiers messages de Jésus. Il m’a dit « tu appelleras ce message, le grand message de la croix ». C’était deux ans après l’encyclique de Jean Paul II sur le Rédempteur de l’homme  (Redemptor hominis), a observé mon éditeur (4 mars 1979). 
Après le premier message de Jésus, j’ai eu la visite du diable. Il va me faire plus de mille visites pendant plus de 10 ans ; et toujours la nuit.

RL : Vous étiez seule à le percevoir ?

L : Non, mon fils aussi mais il ne percevait pas les paroles. Il a été très secoué.

RL : Il ne savait pas mais il était secoué par le même démon que vous vous voyiez ?

L : Oui. Ma famille était réveillée la nuit par des gémissements et des cris.

RL : Les vôtres ? C’était dramatique ?

L : J’ai été obligée de révéler que cela faisait deux ans que je vivais avec le Seigneur,  car ma famille s’interrogeait sur la présence du démon chez nous.

RL : Il vous réveillait ?

L : C’était dans mon sommeil.

RL : Des rêves?

L : Non, je pense que j’étais dans un état second.

RL : Réveillée donc ?

L : Quand cela se produisait, je me sentais perdue. Quand on s’endort le soir, on perd un peu conscience et c’est alors que le démon venait. Je l’ai vu, intérieurement, pas avec mes yeux de chair. Je l’ai vu sous des formes différentes. Cela pouvait être un animal, une fois sous la forme d’un chien, il était couché au bout de mon lit, sur le dos, les pattes écartées, je trouvais qu’il avait une position indécente. Je l’ai poussé avec mon pied, il est tombé par terre et là je me suis mise à grelotter, à claquer des dents, je gémissais. Et je me suis réveillée par une grande secousse. Mon mari m’a demandé ce qui m’arrivait, il était 6 h du matin, je lui est répondu : je crois bien que je viens d’avoir le diable, c’était la première fois et je n’étais pas habituée à sa visite. Avec la vision il y avait le contact… Par la suite je l’ai vu toutes les nuits.

RL : Et votre mari vous a cru ?

L : Oui, toute la famille. Mon fils aîné surtout.

RL : Parce que la famille était unie dans la prière ?

L : Oui, toute la famille. Mes enfants étaient encore jeunes.

RL : Vous priez en famille?

L : Pas tout a fait. Moi je priais.

RL : Vous alliez à la messe ?

L : Oui, bien sur...

RL : Sous quelles formes le démon vous apparaissait-il? Horribles ou séductrices ?

L : Sous formes d’animaux, toujours horribles, jamais séducteurs.
J’avais l’impression de descendre dans les profondeurs ; d’aller en enfer.

RL : Il ne vous a pas frappé ?

L : Non, mais il me mordait. Un jour, j’ai senti une poule qui me tombait dans le cou, je l’ai rattrapée et elle a ouvert son bec, elle avait de toutes petites dents pointues comme les brochets, elle a pris ma main et m’a mordu.

RL : Comment réagissiez-vous alors ?

L : Quand il était là, je gémissais et je ne pouvais bouger que la tête. J’appelais la Sainte Vierge. Il fallait me secouer violemment et il me lâchait au bout d’un moment. Je sentais que c’était deux esprits qui s’affrontaient, je voulais m’arracher à lui, c’était horrible et épuisant. Je voulais faire le signe de croix, mais je n’y arrivais pas, mon bras était trop lourd. J’avais la médaille miraculeuse sur ma taie d’oreiller et  mon chapelet autour du poignet. Quand il venait, il fallait que je subisse.

 

RL : Ce n’était pas des tentations, c’était plutôt des persécutions, des sévices moraux ?

L : Oui, mon père spirituel disait : c’est une « infestation».
Parfois, le démon prenait ma main. J’ai touché sa main c’était horrible. Tantôt, il avait une grosse main et moi je le traitais de tous les noms. J’enfonçais  mes ongles dans sa chair parce que c’était le seul moyen de défense pour l’éloigner, m’en débarrasser. Un jour il avait des doigts minces comme de longs haricots verts, c’était affreux. Une autre fois il a pris ma main, l’a posé sur sa tête, il n’avait pas de cheveux,  mais une longue natte faite de chair. Je n’ai pas senti de cornes. Une fois, je me suis vue prise dans un ascenseur et descendre dans la terre. Arrivée là, il y avait une porte, et derrière la porte une forte poussée qui allait la faire éclater, la porte s’est ouverte, le diable est entré. C’était un homme, la figure peinte en rouge, il avait une grande bouche ouverte d’une oreille à l’autre et il m’a dit : « je t’aurai, je t’aurai ». Je courrais d’un coin à l’autre, il me poursuivait, j’attendais qu’il meure car je voyais un couteau planté dans son dos. Avant de mourir il a ouvert sa grande bouche et a vomi un flot de sang…

RL : Le démon est mort ?... pour vous !

L : Il n’est pas tout à fait mort parce qu’il vient encore de temps en temps.
Il me fait des bruits dans les oreilles. Il est toujours là. Il me réveille.

RL : Il continue jusqu’à ce jour ? Cela fait donc une vingtaine d’années,

L : Cela fait même presque trente ans.

RL : Lors des attaques du démon, avez-vous recouru à un exorciste ? A quelle date ? Et qui était-ce ?

L : C’était à partir des années 1982-83 que le père Matthieu qui était capucin et exorciste à Besançon est venu à la maison, il est resté trois jours et a fait un exorcisme. Mais il a constaté que tout était calme dans la maison.

RL : Qu’est ce qu’il faisait le reste du temps ?
L : Il a prié sur nous, il a regardé si dans la maison il n’y avait rien de néfaste, tout était en ordre.

RL : Qu’a-t-il conclu ?

L : Le père est venu avec une permission écrite de l’évêque, il a conclu que c’était une épreuve et que le démon venait avec la permission divine. Il nous a procuré de l’eau bénie et du sel béni et nous a demandé d’avoir recours aux sacrements, à la messe, à la prière et à la Sainte Vierge bien sûr.

RL : On ne fait plus de sel béni, moi je le fais avec la formule du rituel romain qui existe encore. C’est plus qu’une bénédiction, c’est l’exorcisme du sel.

L : Il disait que le démon craignait le latin. Et il faisait toutes ses prières en latin.
A la fin de ces attaques, j’avais du mal à revenir. On était obligé de me secouer violemment, pour que je revienne. La personne à côté de moi, mon mari ou même mes enfants venaient me secouer et cela me réveillait tellement difficilement que je leur disais : « mais n’ayez pas peur de me faire mal, secouez-moi », car je sentais qu’il fallait arracher mon esprit au mauvais. Et quand je revenais, je respirais difficilement. Ma mère me disait : « je ne sens plus ton pouls battre ».

RL : Maintenant c’est fini ?

L : Oui, les grosses attaques sont terminées. Mais il reste des petites attaques.
J’avais dans un cadre le visage de Jésus Miséricordieux de Sœur Faustine. Un matin, j’étais seule, j’ai entendu un bruit, comme un papier qui glisse. Je me suis retournée et l’image de Jésus Miséricordieux était par terre, elle avait glissé du cadre. Je l’ai remise en place et maman a collé l’arrière pour être sûr qu’elle ne glisse plus. Le lendemain je me suis levée et surprise, le cadre était à l’envers, toujours accroché au mur, les collants violemment tordus, Jésus avait la tête en bas et cela faisait peine à voir… 
J’en ai parlé à mon évêque. A ma rencontre suivante, je n’en ai pas reparlé mais il a pris l’initiative : « Est-ce qu’il revient toujours votre visiteur de nuit ?

RL : Avec la Sainte Vierge, avez-vous eu des communications ?

L : Oui : des messages, des locutions et sa présence à mes cotés.

RL : Avez-vous publié ces messages ?

L : Oui, aux éditions Téqui.

RL : Combien de volumes ?

L : le premier livre c’est le Grand message de la Croix, suivi de Viens Esprit SaintJ’ai Soif, Abba Père, Marie cause de notre joie et l’œuvre accomplie de Dieu y a eu aussi deux livres où j’explique le message : Dans la lumière du Cœur et de la Croix et l’hymne à l’Amour.

RL : Je ne les ai pas.
L : Je peux vous les envoyer.

RL : Si vous pouviez m’indiquer aussi où sont les messages de la Vierge, du fait que mon Dictionnaire s’est limité à Elle.  
RL : Vous avez eu une vision de la Trinité, y compris le Christ. Avez-vous vu aussi la Vierge ?

L : Non

RL : Des locutions seulement ?

L : Oui

RL : Une seule vision céleste dans toute votre vie, suivie de très nombreux assauts nocturnes, visions du démon.

L : Oui, j’avais l’impression que mon âme était un lieu de passage. Le démon me  tourmentait, mais Jésus me consolait. Les visites du démon sont souffrances, les visites de Jésus donnent une grande Paix. On ne peut pas s’y m’éprendre.

RL : Jésus en locution ?

L : Non, Son passage discret (sans vision). Cela m’apportait la paix comme je le disais.

RL : Vous le sentiez passer, sans vision ni locution, mais sa présence et son inspiration sont profondes.

L : Oui.  Pendant au moins deux ans, je me réveillais à 3 h du matin régulièrement, je priais le chapelet avec des intentions différentes. Je sentais la présence de Marie.

RL : Qu’est ce que cela a changé dans votre vie depuis cette année 1979 progressivement ?
L : Cela n’a pas été progressif, cela a été soudain. Après ma conversion, toutes les nuits je pleurais, des pleurs de soulagement et de repentir d’avoir laissé le Bon Dieu dans mon passé. Je me rendais compte que c’était un Dieu tellement bon, miséricordieux !

RL : Des pleurs de repentir ?

L : Oui, des pleurs de repentir et Jésus m’avait détachée de tout ce qui avant faisaient mes délices, c'est-à-dire j’étais dans le monde, très coquette, je voulais tout avoir. Il m’a détachée de tout et en même temps j’ai eu l’impression que c’était vraiment un dépouillement. Jésus m’a vidé pour mieux me remplir de Lui.

RL : C’est courant, dans ces cas là.

L : J’étais et suis heureuse. Ma vie a changé du tout au tout, y compris avec mes enfants et les autres.

RL : Faisiez-vous la prière en famille ?

L : Pas spécialement. Mes enfants étaient jeunes encore. Ils venaient à la messe mais pas de prière commune à la maison. Mon mari s’est converti aussi quand ma mère lui a donné un livre sur Charles de Foucault, comme militaire il a beaucoup voyagé, en Afrique, au Sahara. Dans l’armée pendant 15 ans, il a travaillé ensuite dans une banque. Il m’a toujours bien aidée et m’a accompagnée partout dans me conférences Le Seigneur me l’a choisi. Nous prions notre chapelet ensemble.

RL : Qu’est-ce qui a changé encore dans votre vie ?

L : J’étais dans le monde, d’avantage que mon mari.

RL : Donc vous fréquentiez moins le monde après ?

L : Oui, ce sera plus une vie de famille et de prière, auparavant je lisais des romans policiers et maintenant je n’ai que des lectures spirituelles. On voit qu’il n’y a que le bon Dieu qui compte.

RL : Quelle est votre vie de prière : du matin jusqu’au soir ?

L : Je me réserve des temps de prière. Ma première prière c’est souvent celle que je récitais toute jeune : « Divin cœur de Jésus, je vous offre par le cœur immaculé de Marie, mes prières, mes œuvres et les souffrances de cette journée en réparation de mes péchés, et de ceux du monde entier, et à toutes les intentions pour lesquelles vous vous immolez continuellement sur l’autel »

RL : Et après dans votre journée ?

L : Je récite mon chapelet tous les jours : le mystère du jour, le veni créator, la prière de consécration à Marie. En fait, je prie toute la journée, même en faisant mon travail. Je me retrouve toujours en train de prier.

RL : Mais sous des formes très diverses ?

L : Oui. Avant je lisais, mais maintenant je ne peux plus lire. Je lis sous une grosse lampe mais 5 minutes. Cela me limite puis mes tâches me mobilisent. Heureusement, je connais par cœur de nombreuses prières.

RL : Je compatis au déclin de votre vue. Quand allez-vous à la messe ? Seulement le dimanche ?

L : Oui, le dimanche, je suis organiste, mais aussi le vendredi matin …

RL : Parce que vous n’avez pas de messe quotidienne dans votre bourg ?

L : Non.

RL : C’est un bourg de quelle importance ?

L : 3000 habitants. Notre prêtre réside dans la ville voisine, quelquefois le mercredi soir il célèbre la messe dans les villages environnant. Avec mon mari nous nous y rendons. 
Au début de ma conversion, c’est là que j’ai senti le pouvoir de la messe, j’étais attirée par l’autel. Je ne voyais pas Jésus, mais je sentais sa présence : c’est le principal. C’est le message de la croix, c’est le message du cœur de Jésus.

RL : Oui, pouvez vous résumer le cœur du message ?

L : Oui. Jésus m’a enseigné tous les dons de son cœur. C'est-à-dire, le Saint Esprit, l’Eucharistie, la Sainte Vierge, la Croix, l’Evangile et la Miséricorde. Marie aussi. Et puis après, Jésus m’a parlé de l’alliance. J’ai souvent fait des conférences sur l’alliance.

RL : On vous demande beaucoup maintenant ?
L : Oui, j’ai un peu arrêté à cause de mes yeux, mais il va falloir que je me débrouille.

RL : les Yeux gênent ?

L : Cela ne m’empêche pas de parler mais j’aime bien lire des messages. Heureusement que j’en ai beaucoup dans la tête et dans le cœur. Quant à l’alliance, c’est un chemin spirituel que Jésus m’a tracé en trois étapes. Il ne faut pas être comme j’étais autrefois. Il faut que toute notre journée soit vécue avec Jésus, en fait c’est ça. J’ai eu beaucoup de messages sur l’Eucharistie. Jésus demande des adorations, des « retraites eucharistiques » de 3 jours avec l’Adoration, le chapelet. Il demande également de former des foyers d’Evangile.

RL : Et vous en faites ? A quel endroit allez-vous ?

L : Je n’en fais plus car j’avais un directeur spirituel moine dans une Abbaye près de chez moi qui les organisait mais il est parti  et je n’ai plus de père spirituel.
En général, je ne les cherche pas. C’est Jésus qui me les envoie.

RL : Alors vous attendez qu’Il vous en envoie un ?

L : Deux fois Il m’en a envoyé : le premier c’était le père Toinet, professeur de théologie et de philosophie au séminaire de Paray le Monial. Il me guida durant 10 ans jusqu’à son décès en 1991.

RL : Est-ce que  vous avez d’autres choses à confier pour manifester ce qui vous est arrivé ? Avez-vous autre chose à dire ?

L : Très important, je devais restée attachée, fidèle à l’Eglise et dans l’obéissance.

RL : Avez-vous eu des rapports avec votre évêque ?

L : Mon évêque, je l’ai rencontré, surtout au temps des attaques du démon, car c’était épuisant. Il a été d’un grand réconfort. Il m’a bien compris. Il a dit : « la Croix, on l’oublie trop, venez me voir si vous en avez besoin ». Après son départ, j’ai rencontré ses successeurs avec qui j’ai eu de bons rapports.
Depuis 18 mois, nous avons un nouvel évêque que j’ai rencontré aussi.
Avant de commencer mes enseignements, j’avais demandé la permission à mon évêque, il a accepté en précisant : « ne vous présentez pas comme mandatée par l’Eglise : c’est votre démarche personnelle. Il m’a dit : « cela va vous coûter de parler devant tout le monde » et c’est vrai car ce n’était pas du tout mon caractère. Je n’aime pas me mettre en avant.
J’ai fait beaucoup de conférences, plus d’une centaine maintenant. Avant de commencer, j’ai un peu peur, quelque chose en moi me dit « tu es nulle, tu n’y arriveras pas, arrête, laisse tomber etc… » Cela me donne un peu d’angoisse, mais quand j’arrive dans la salle où il y a 200 à 300 personnes, je n’ai plus peur, car j’ai le Saint Esprit et quand je monte sur l’estrade pour parler, je me sens prise de recueillement.

RL : Et les paroles viennent ?

L : Tout a fait, oui. Et j’ai l’impression que je vais faire quelque chose de très important et de très sérieux. Je vais parler du bon Dieu et cela me prend de l’intérieur.

RL : Avec quelle fréquence cela vous arrive t-il ? Toutes les semaines, tous les mois ?

L : Des conférences, il y a quelques temps que je n’en ai plus faite …

RL.- Pourquoi cette raréfaction ou suspension ?

L : maintenant c’est à cause de ma vue.

RL : Bonne suite pour vos yeux et pour votre témoignage.